NEKaTOENEa


Aurkezpena

Egonaldia: 2004ko Irailaren 21a | 2004ko Abenduaren 21a

Mathieu Schmitt

La mer est indicible.Sur la plage. De long en large. Les promeneurs et les chiens.Les vagues effacent leurs pas. Je n’aime pas la trace que je laisse là. Derniers jours d’été. petit baigneur. architectures de sable et marmaille acidulée. Une sirène enlève sa peau de néoprène. dans la muraille les satyres. Lasse une fée a regardé la marée basse. Des marches de l’automne aux marches de l’hiver. trois mois. sur la lande la maison. l’habiter Nekatoenea. face au soleil et dos aux vents. la servante m’a-t-elle accepté ? Dans les prés fleurissent les agneaux. les pies de dos en dos gardent le troupeau. au-delà sur la butte. dans le château quels secrets ? Ez ikusi. ez ikasi*. Fais-moi pas rire d’Abbadie. Transit vitas sicut fumus** Les pommes du verger. cueillies. croquées. broyées. pressées. bues. sagarnoa. le jus fermente. les idées aussi. tempête dans un verre d’eau. cela tournera-t-il au vinaigre ?

La volonté. la briser. Au lunatic garden. Les fous. Cassés. Enfermés. Encagée. Va et vient. Moi dehors. ma pensée. Pas de corps pas de cris. La baleine je l’ai pas vue. découpée. tronçonnée. évacuée. Comme Dürer je l’ai pas vue la baleine. Mais le jumeau soufflait lui. shhhfff…

Dans la falaise une frontière s’effrite.Les galets murmurent à Erdiko. A l’église en bateau Bixinto tombe à l’eau. Neuf jour et. un noyé pensif. à la terre rendu. L’océan est vert ou bleu. de nacre ce soir. rumeur. l’écume blanche. Blancs aussi les goélands. le vent. ouest ou sud. murs de pluie ou brume d’arc-en-ciel. Le ciel est bleu ou gris. noir aussi. sous l’horizon où la ligne d’Outre-mer ?
comme après chaque mer houleuse la plage est jonchée de déchets. civilisation du plastique. vert et rouge. sur le sable échoué. le canard w-c. L’eau. l’eau des vagues. la trace qu’elle laisse sur le sable. parfois j’ai cru voir…

"(...) depuis sa résidence à l’Abbaye de La Prée il y a huit ans, Mathieu Schmitt recrée des micros univers, écosystèmes virtuels ou particules élémentaires qui simulent de façon poétique et ludique la complexité du monde vivant. Ces formes, traces, signes vus à la loupe d’un microscope ou d’un puissant télescope, semble décrypter la vie comme forme d’organisation de la matière tout en restant fortement attachés à l’univers plus connu de la peinture abstraite. Détachés de toute représentation, ces fragiles tracés semblent directement issus de l’esprit de l’artiste. D’abord métaphores de l’âme, le geste suit : la ligne dessinée est mouvement à la fois mental et physique, elle poursuit les méandres de la pensée et le cours de la vie". Anne-Valérie Léglise

"(…) Or ce monde est mouvement, extension continue dans l’espace nous dit Mathieu Schmitt en déplissant nonchalamment d’une feuille à l’autre de ses dessins les manches et les pans de cet étrange vêtement flottant". Marie-Claude Berger

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Extraits de textes du catalogue : NEKaTOENEa - dans le jardin de la servante



la mer est indicible.
sur la plage. de long en large. les promeneurs. et les chiens. les vagues effacent leurs pas. je n’aime pas la trace que je laisse là.
derniers jours d’été. petit baigneur. architectures de sable et marmaille acidulée.
une sirène enlève sa peau de néoprène. dans la muraille les satyres. lasse une fée a regardé la marée basse.
des marches de l’automne aux marches de l’hiver. trois mois. sur la lande la maison. l’habiter Nekatoenea. face au soleil et dos aux vents. la servante m’a-t-elle accepté ?
dans les prés fleurissent les agneaux. les pies de dos en dos gardent le troupeau. au-delà sur la butte. dans le château quels secrets ? ez ikusi. ez ikasi*. fais-moi pas rire d’Abbadie. transit vitas sicut fumus**
les pommes du verger. cueillies. croquées. broyées. pressées. bues. sagarnoa. le jus fermente. les idées aussi. tempête dans un verre d’eau. cela tournera-t-il au vinaigre ? la volonté. la briser.
au lunatic garden. les fous. cassés. enfermés. encagée. va et vient. moi dehors. ma pensée.
pas de corps pas de cris.
la baleine je l’ai pas vue. découpée. tronçonnée. évacuée. comme Dürer je l’ai pas vue la baleine. mais le jumeau soufflait lui. shhhfff…
dans la falaise une frontière s’effrite. les galets murmurent à Erdiko.
à l’église en bateau Bixinto tombe à l’eau. au rythme des marées. petit pull marine. neuf jour et. un noyé pensif. à la terre rendu.
l’océan est vert ou bleu. de nacre ce soir. rumeur. l’écume blanche.
blancs aussi les goélands. le vent. ouest ou sud. murs de pluie ou brume d’arc-en-ciel.
le ciel est bleu ou gris. noir aussi. sous l’horizon où la ligne d’Outre-mer ?
comme après chaque mer houleuse la plage est jonchée de déchets. civilisation du plastique. vert et rouge. sur le sable échoué. le canard w-c.
l’eau. l’eau des vagues. la trace qu’elle laisse sur le sable.
parfois j’ai cru voir…


Mathieu Schmitt
Nekatoenea. 30 décembre 2004



*rien vu. rien appris. ** la vie passe comme la fumée




A l’origine, écriture et dessin, indissolublement liés, sont des cadeaux divins destinés à représenter l’univers mais aussi à l’enclore, à le définir, à le maîtriser, grâce à ce réseau de lignes et de signes. Lorsque Kang Je traça les premiers caractères, « les esprits mauvais ne purent cacher leur forme et les démons se mirent à hurler la nuit » nous dit Lidaiming dans un traité de peinture du VIIIème siècle Après JC.
L’art pictural chinois est fondé sur une poétique de la ligne qui vise à faire sentir le principe de l’univers en exprimant un monde intérieur. Interroger le microcosme des signes calligraphiques ou des dessins c’est s’imprégner directement du fonctionnement du monde.

Or ce monde est mouvement, extension continue dans l’espace nous dit Mathieu Schmitt en déplissant nonchalamment d’une feuille à l’autre de ses dessins les manches et les pans de cet étrange vêtement flottant. Organisme inhabité mais vivant : le vent s’y engouffre et le secoue et l’artiste renonce à en donner une vision unique et déterminée. Il se déplace avec lui et se laisse emporter dans un espace sans limites, livré au vide.
A l’exemple des Chinois, le temps n’est pour Mathieu Schmitt qu’une suite ininterrompue d’instants. Les saisons se succèdent, les cycles se suivent. Pour saisir le sens unique de la vie ne faut-il pas les ébauches éphémères à côtés des repères définitifs ? Bourgeons, fleurs ou fruits étranges ? Ce ne sont que des moments du temps et l’aspect doux, flou même de certains dessins révèle leur structure pleine des frémissements et des poussées du souffle de la vie.
Par contre, est-ce un hasard si l’artiste a choisi de s’exprimer avec cette couleur rouge sang, rappelant que toutes choses au monde sont belles mais périssables ?
Voici une œuvre à première vue fragile, marquée du signe de l’éphémère : l’aquarelle peut pâlir, le papier jaunir. Une poésie sans paroles qui suggère plus qu’elle ne décrit. Mais, seule une concentration extrême peut conduire à exprimer cette visualisation de l’univers, à enfermer espace et temps dans des carrés de 15 centimètres de côté.


Marie-Claude Berger



(…) depuis sa résidence à l’Abbaye de La Prée il y a huit ans, Mathieu Schmitt recrée des micros univers, écosystèmes virtuels ou particules élémentaires qui simulent de façon poétique et ludique la complexité du monde vivant. Ces formes, traces, signes vus à la loupe d’un microscope ou d’un puissant télescope, semble décrypter la vie comme forme d’organisation de la matière tout en restant fortement attachés à l’univers plus connu de la peinture abstraite.
Détachés de toute représentation, ces fragiles tracés semblent directement issus de l’esprit de l’artiste. D’abord métaphores de l’âme, le geste suit : la ligne dessinée est mouvement à la fois mental et physique, elle poursuit les méandres de la pensée et le cours de la vie. Ces courbes organiques ont l’arbitraire de l’écriture.
(…)
Pour Rauschenberg, «souvent il m’arrive de sortir de mon atelier pour oublier la bonne idée que je viens d’avoir. Je ne rentre que lorsque j’ai trouvé une virginité de création […] l’art ne devrait pas être pensé avant d’être créé. C’est la seule façon d’introduire le doute et la fragilité ». Il en serait de même pour Mathieu Schmitt.
A la recherche d’un état de vide proche de la plénitude, on peu associer sa pratique à un exercice de dérapage contrôlé, entre maîtrise et rêve éveillé, peu éloigné de l’écriture automatique chère aux surréalistes. Cette pratique se rapproche également de l’écriture poétique du haïku. Selon Joan Titus-Carmel, (les 99 haïkus de Ryokan) «[…] le haïku donne l’impression de cette merveilleuse vacuité d’où surgit soudain l’événement. Dans ces trois vers, le peu-dit dit beaucoup, sinon l’essentiel ». Dans le cas de Mathieu Schmitt, il s’agirait plutôt de haïkus visuels : derrière le signe se profile le mot.
Dans le même ordre d’esprit, Henri Michaux disait à propos de Paul Klee : « Voici une ligne qui pense. Une autre accomplit une pensée. Lignes d’enjeu. Lignes de décision ». Avec Paul Klee, l’écriture, le dessin et la peinture sont entremêlés pour remonter à la genèse de la création. Dans son journal, il écrit : « […] Je pouvais désormais redevenir un illustrateur d’idées, après m’être frayé la voie dans le domaine formel. Et dès lors je me souciais plus d’un art abstrait. Seule demeurait l’abstraction du périssable. Le monde était le sujet de mon art, encore que ce ne fut point celui-ci, visible. »
Plus proche d’une pratique méditative solitaire et recueillie qui cherche à faire advenir quelque chose comme une apparition, une révélation, Mathieu Schmitt cite Li Rihua : «il faut savoir qu’imprégner le papier d’une seule goutte d’encre n’est pas une mince affaire. Il faut que le cœur se fasse immense et vide, sans plus contenir un seul objet. »
(…)
Déclinée en série, dans un espace donné toujours identique de 15x15 centimètres, sur fond blanc, l’activité graphique de Mathieu Schmitt se déploie loin des conceptions académiques de la couleur et de la forme. De la pratique automatique naissent ces organismes simples et complexes qui se renvoient les uns aux autres, en continuité ou en contradiction, comme figés à différents stades de leur processus évolutif. Laboratoire d’ingénierie moléculaire ou exploration poétique du monde vivant, une pensée à l’œuvre prend corps et donne naissance à une œuvre en évolution, un «work in progress »…
Le format constant ne tient pas en premier lieu du procédé de création, mais agit plutôt comme garde fou : il limite le champ exploratoire à un périmètre précis et amène le regard du spectateur à se concentrer sur presque rien, sur quelque chose qui se situe aux antipodes du brouhaha visuel dans lequel nous vivons. Images de l’homme à travers ses particules élémentaires, chacun de ces éléments recèle en lui une vision du monde. L’univers de Mathieu Schmitt remet en question notre vision souvent anthropomorphique de l’univers et nous donne à considérer d’un œil nouveau la nature et la vie.


Anne-Valérie Léglise

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